Une vue des sacs d’oignons produits par la coopérative Zemstaaba qui ont été vendus, en train d’être chargés dans le camion d’un acheteur

Depuis janvier 2016, le Burkina Faso fait face à une récurrence d’attaques de groupes armés non étatiques dans plusieurs régions du pays. Cette situation cause le déplacement massif des populations vers d’autres localités jugées paisibles. Selon les chiffres du Conseil National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR), on compte plus de 19134 déplacées internes dans la région du Plateau Central (dont 3528 dans la commune de Nagréongo à la date du 31 mars 2022).

A cette situation d’insécurité s’ajoute les changements climatiques et la rareté des ressources naturelles. Dans le but de renforcer la résilience et la cohésion sociale entre les personnes déplacées internes (PDI) et les communautés hôtes vulnérables de la commune de Nagréongo, SOLIDAR Suisse en partenariat avec l’Association Manegdbzanga a initié le projet « Résilience et cohésion sociale dans les communes de Kaya et de Nagréongo au Burkina Faso (PRECOS) ». Cent quarante-sept (147) producteurs bénéficiaires dont 52 PDI se sont engagés dans des activités de production maraichère (107), d’élevage naisseur (20) et d’embouche ovine (20) dans la commune de Nagréongo à grâce à ce projet.

Lancé officiellement le 01er octobre 2021, le projet PRECOS a pris fin le 31 décembre 2021. Les principaux axes d’intervention ont été :  i) la fourniture d’une aide alimentaire d’urgence aux populations vulnérables, y compris les PDI des communes de Kaya et de Nagréongo, en favorisant leur accès au revenu et à des moyens d’existence grâce à la possibilité de mener des activités de production maraîchère et d’élevage ; ii) l’amélioration des conditions d’apprentissage des élèves, hôtes comme déplacés internes, des écoles de la Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique de Kaya et iii) la concertation au niveau local en vue de promouvoir la cohésion sociale.

A l’issue de la 1ère campagne de production maraîchère d’oignon de la coopérative « Zemstaaba » de la commune de Nagréongo, nous sommes allés à la rencontre des producteurs pour recueillir leurs avis sur le déroulement de ladite campagne et leurs perspectives.

Nous considérons désormais les personnes déplacées internes comme nos frères et sœurs

« Je m’appelle Adboulaye KAFANDO, je suis le président de la coopérative « Zemstaaba » de la commune de Nagréongo. La coopérative a été créée en janvier 2022, elle compte à ce jour, 107 membres dont 78 femmes et32 PDI exploitants du périmètre maraîcher. Pour cette campagne, nous avons produit de l’oignon sur une superficie de 3.5 hectares (dont une parcelle de 11mX25 m pour chacun). De façon générale, nous notons une bonne production pour cette campagne dont nous sommes très satisfaits car la quantité totale récoltée est évaluée à 889 sacs de 100kg. Nous avons eu un chiffre d’affaires de 5 150 000 F CFA pour 343 sacs vendus, ce qui dépasse largement nos attentes. La quantité d’oignon restante a été stockée pour attendre de meilleurs prix de vente les mois à venir. Nous exploitons cet espace depuis plus de 20 ans mais nous n’avons jamais eu une bonne recette comme cette année. Nous avons pu atteindre ce résultat grâce à l’appui du projet PRECOS qui nous a permis de bénéficier de matériels de production, d’intrants agricoles, de formations pour renforcer nos connaissances sur les techniques de production de l’engrais naturel Bokashi et l’entretien des cultures.

Par ailleurs, notre collaboration avec les PDI se passe très bien, nous les considérons désormais comme nos frères et sœurs. Suite à des échanges sur le bien-fondé du projet PRECOS pour la sécurité alimentaire et la cohésion sociale, les propriétaires terriens et les anciens exploitants du site ont donné leur consentement pour la création de la coopérative intégrant les PDI dans l’exploitation du périmètre maraîcher. La recette de cette campagne, nous permettra d’acheter des vivres pour nourrir nos familles, assurer nos soins sanitaires et acheter des animaux pour faire de l’embouche en attendant la prochaine campagne de production de l’oignon. Nous remercions beaucoup l’ONG Solidar Suisse pour sa solidarité à notre égard. Nous disposons désormais de compétences techniques pour améliorer notre production afin de subvenir à nos besoins et ceux des personnes déplacées internes du village. »

La garde de mon enfant dans le MaBYZ m’a permis de mieux m’investir dans ma production

« Je me nomme Mamounata SAWADOGO, je suis résidente du village de Nagréongokodogo et membre de la coopérative « Zemstaaba ». Je suis très contente d’avoir l’opportunité de faire partie de cette coopérative. C’est une occasion pour moi en tant que femme d’avoir une activité génératrice de revenu me permettant de subvenir à mes besoins et ceux de mes enfants. Sur le périmètre de la coopérative j’ai une parcelle de 11mX25m sur laquelle j’ai produit de l’oignon. Ma récolte de cette première campagne s’évalue à 12 sacs d’oignon de 100kg. Je remercie Solidar Suisse pour son appui qui me permet aujourd’hui d’avoir le sourire aux lèvres car grâce au projet PRECOS, j’ai acquis beaucoup de connaissances sur la production maraîchère. En plus de cela, la garderie « MaBYZ » qui a été mise en place m’a soulagée de la charge de la garde de ma fille de 2 ans que je portais auparavant avec moi pour travailler. Avec le MaBYZ, je la laissais le matin avec les monitrices qui s’en occupaient et je pouvais travailler tranquillement dans ma parcelle, sachant ma fille en sécurité. La garde de mon enfant dans le MaBYZ m’a permis de mieux m’investir dans ma production pour avoir à terme, une récolte satisfaisante. Les revenus de cette activité maraîchère me permettront de subvenir aux besoins alimentaires et sanitaires de ma famille.

Le maraîchage est pour moi, une grande opportunité de reconversion en tant qu’ancien exploitant de site d’orpaillage traditionnel

« Je m’appelle Mikaïlou MORO, je suis originaire du village de Arbinda de la province du Soum (région du Sahel). L’insécurité dans cette région nous a contraint à nous déplacer pour venir nous installer ici dans le village de Nagréongokodogo. Nous avons été bien accueillis par la population autochtone, nous la remercions pour son hospitalité inconditionnée. En plus, pour manifester leur solidarité envers nous, les autochtones nous ont permis d’intégrer la coopérative « Zemstaaba » pour bénéficier de l’appui du projet PRECOS. Nous travaillons dans une bonne ambiance de collaboration et nous bénéficions de leurs conseils pour la production. En ce qui me concerne, le maraîchage est une grande opportunité de reconversion. En arrivant ici, je ne savais pas produire les oignons car à Arbinda, je travaillais dans un site d’or artisanal que nous avons dû abandonner à cause de la situation sécuritaire difficile. Mais aujourd’hui, je suis un homme comblé. En tant que membre de la coopérative « Zemstaaba » j’ai acquis beaucoup de connaissances sur la culture maraîchère. Cette campagne j’ai pu récolter 6 sacs de 100kg d’oignons sur ma parcelle. Pour une première expérience, je suis très fier de ma production. Sur ma récolte totale, j’ai vendu 5 sacs à 75.000f et j’ai gardé le reste pour les besoins de consommation de ma famille et le voisinage. Cet argent me servira pour nourrir ma famille d’une vingtaine de personnes et acheter des intrants agricoles (engrais et biopesticides) pour préparer la prochaine campagne de production. Le projet PRECOS est une aubaine pour nous, déplacés internes, pour nous affirmer. Je suis fier de ma nouvelle profession de producteur agricole. Dans l’optique d’améliorer ma production la campagne prochaine, j’ai commencé la collecte des déjections d’animaux afin de disposer d’une quantité suffisante pour la production du compost Bokashi. Merci beaucoup à l’ONG Solidar Suisse pour son aide qui a redonné le goût de la vie à nous, personnes déplacées internes du village de Nagréongokodogo.

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QUELQUES LECONS APPRISES

A l’issue de la première campagne d’exploitation du périmètre maraîcher de la coopérative « Zemstaaba » dans le cadre du projet PRECOS dans la commune de Nagréongo, les difficultés rencontrées  permettent de tirer les leçons suivantes :

  • L’absence d’un tricycle rend difficile le transport des intrants agricoles et les marchandises de la coopérative ;
  • La difficulté d’accès à la matière première (déchets d’animaux) particulièrement par les PDI ralentit la production du compost notamment pour les PDI. Toutefois, l’augmentation du nombre de moutons mis à la disposition des bénéficiaires du projet minimisera cette difficulté et favorisera la disponibilité de la matière première suffisante pour la production du Bokashi ;
  • L’absence d’un magasin de stockage de l’oignon ne permet pas de conserver pendant longtemps une grande quantité d’oignon pour la vendre à une période propice qui permettrait d’augmenter les bénéfices. Cette augmentation des revenus permettrait de supporter les charges de fonctionnement de la coopérative à long terme.